Le 4 avril dernier, nous avons inauguré notre pôle Accueil qui désormais est en centre ville. Mille mercis à Nadine de nous recevoir et d’accepter nos va-et-vient.
4 avril, temps de canicule. Trente-cinq adhérentes se pointent, curieuses et… pieds nus… Qu’est-ce à dire ?… Pieds nus, car la première invitée, souffrant d’étroitesse dans ses chaussures, les a déposées dans l’entrée. La flopée des autres invitées se plie au rite et pénètre avec respect dans ce lieu d’exception. Ainsi le vestibule devient une mosaïque de talons, tongs, ballerines.
Les pieds nus empruntent le large escalier, arrivent à l’étage, se figent…
Dans nos mémoires, la bibliothèque était un lieu de passage dévolu aux aviateurs, avec canapé élimé, chambre à coucher, cuisine américaine. Ici, on se croirait dans un sanctuaire : deux immenses pièces, murs blancs de blanc, inclinés, percés de carrés, rectangles, trapèzes en guise de fenêtres. Par ces trouées de lumière, le regard se perd dans les feuillages, s’attarde sur la ville abrutie de chaleur. Le sol n’est point carrelé, il est parquet lisse, acajou, brillant. Les rayonnages, soudain rajeunis, sont disséminés dans les deux vastes salles. La première dispose d’un charmant guéridon et de trois tabourets de bistrot ni trop hauts ni trop bas, on dirait des tam-tams. La seconde renferme un bureau de ministre et une monumentale table basse : teinte chaude, caressante, acajou due à l’essence de benzi, matériau phare de Rosewood qui allie pureté des lignes et harmonie.
Mesdames s’agglutinent en îlots, papotent, c’est un brouhaha polyglotte brassant français, anglais, espagnol, un véritable symposium international ! Entre deux anecdotes, on se désaltère d’eau, thé, café, jus de fruit, on savoure les gâteaux des sœurs de MPaka, on s’extasie devant le cake concocté par un marmiton facétieux qui a déversé, avec un élan patriotique, moult colorants rouges, verts, jaunes, transformant sa pâtisserie en drapeau congolais. On goûte du bout de la langue, inquiètes d’être contaminées par tant d’adjuvants, on est conquises ! Malgré le climatiseur, nous ruisselons… Repartirons-nous aussi flétries que figues et raisins secs ?
La volière est colorée, cela va de la blanche fraîchement débarquée aux anciennes hâlées, en passant par les peaux café crème, chocolat, ébène. Les épaules sont dénudées, les gambettes itou. La nonnette arbore son voile de sainte vierge, ravie de cette récréation. Janice arrive, sans lasso, avec ses trésors fabriqués à l’école de couture « Nouvelles Créations ». On inventorie, on achète plus par bienveillance que nécessité.
Le brouhaha s’estompe. Que se passe-t-il ? Deux incongruités surgissent en haut de l’escalier, deux incongruités gênées, s’excusant presque, deux incongruités qui sont des hommes, des hommes dans toute leur splendeur, affolés devant ce parterre féminin qui piaille, rit, gesticule. Téméraires, ils partent au combat, en bons commerciaux vantent leurs produits. Faudrait beau voir qu’ils n’arrivent pas à amadouer les donzelles en leur vendant leurs meubles de qualité !
Un dernier coup d’œil pour s’assurer que nos livres préférés (romans, polars, guides pratiques) ont bien été transférés, puis la foule se retire, glisse ses pieds délassés dans tongs et ballerines. Nous repartons enchantées, nos besaces sont pleines à craquer des gâteaux de MPaka, des tranches de cake fluo, de tabliers et cabas de l’école de couture.
Encore une fois, Pointe-Noire Accueil a accompli un parcours sans faute : amitié, partage, entraide. L’histoire ne dit pas si le rite des pieds nus perdurera !







